VI - La relation à nous-mêmes

 

Jusqu’à présent nous avons parlé de la relation de l’homme à la nature, aux idées, à autrui. Nous avons découvert que le vrai problème réside à l’intérieur de l’individu, le véritable semeur de discorde étant le moi ou l’ego lequel n’est qu’une construction imaginaire, mentale, qui nous donne l’impression d’être séparé de notre environnement et qui nous divise. C’est le moi qui est le centre de toute motivation, de tout désir, de tout effort. Par conséquent, notre relation à nous-même est importante. De même que nous avons dit que notre relation à la nature, à la société, à la religion, à autrui, doit être dénuée de toute tentative d’exploitation mais fondée sur l’amour et l’amitié, de même il importe d’être un ami pour nous-même. Nous ne sommes pas ce que nous voudrions être, nous sommes le produit d’un long processus évolutif et d’un grand nombre d’influences sur lesquelles nous avons eu peu de contrôle. Il nous faut donc avoir quelque bienveillance dans le regard que nous portons sur nous-même. Exactement comme nous devons nous abstenir de juger et de condamner les autres nous ne devons pas nous juger ni nous condamner. Nous avons toujours tendance à être un peu sévère à notre égard.

Pouvons-nous nous observer comme si nous étions quelqu’un d’autre ? Cela signifie que de même que nous ne nous considérons pas le maître de la nature, de même nous ne nous considérons pas comme le propriétaire de notre corps et de notre esprit mais comme quelqu’un qui en a la charge. Il y a une énorme différence entre le fait de posséder quelque chose et celui d’en avoir la garde, d’en prendre soin. Quand nous habitons dans la maison de quelqu’un d’autre nous ne la possédons pas, cette maison, mais nous en prenons soin. Nous veillons à la propreté des pièces, nous ne faisons pas de bruit, nous n’abîmons rien, nous nous comportons correctement — bien que nous ne soyons pas propriétaire. Pouvons-nous traiter notre corps et notre esprit de la même manière ? ne pas les utiliser, ne pas les exploiter pour satisfaire notre ego ou accomplir nos désirs mais en être responsable ? Si nous sommes une conscience unie au corps, alors cette conscience est responsable de ce corps. Dès que nous disons que c’est « notre » corps, un sentiment de propriété s’insinue et de même que nous nous sentons le droit de faire ce qu’il nous plaît de notre maison ou de notre voiture et que cela ne regarde personne, nous adoptons cette attitude envers notre corps et envers notre esprit. Alors nous nous mettons à négliger ce corps - en ne lui donnant pas la nourriture qui lui convient, l’exercice qu’il lui faut, en ne le maintenant pas en bonne santé, énergique, actif, parce que nous disons : « Cela ne regarde personne, c’est mon corps, j’ai le droit de n’en faire aucun cas car il est à moi. » Quand il s’agit de propriété, nous avons l’impression de pouvoir négliger ce qui nous appartient puisque c’est destiné à notre seul usage. Si je possède un carnet je peux le salir, le déchirer, cela ne regarde personne. Est-il possible de respecter ce carnet, est-il possible de ne rien souiller, de ne rien considérer comme étant destiné à mon seul plaisir ? Considérer notre corps et notre esprit de cette manière c’est avoir une vision totalement différente de nous-même parce qu’alors nous nous sentons obligé de faire ce qui est juste pour ce corps et pour cet esprit. Peu importe que nous l’appelions « notre corps » et « notre esprit » pourvu que nous comprenions qu’il ne s’agit pas d’une relation de propriétaire, mais de gardien. Après tout, quand on est le recteur d’une école on n’en est pas le possesseur, on a la responsabilité de s’en occuper, de s’assurer qu’elle fonctionne de manière à donner aux enfants une bonne éducation. C’est notre tâche. Pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas à notre corps et à notre esprit ? Si nous pouvons nous sentir responsable d’une école de cette manière, ne pouvons-nous aussi nous sentir responsable de notre foyer, de notre famille, et finalement de nous-même, de la même manière ?

En fin de compte, si l’esprit et le corps ne sont pas maintenus en bonne santé, alertes, énergiques, vivants, rien d’autre n’est possible ; aucune vie religieuse n’est possible si nous gaspillons les énergies du corps et de l’esprit. Il n’est pas nécessaire pour autant de nous faire trop de souci pour nous-même, cela ne doit pas devenir une activité centrée sur soi. C’est là une chose difficile : nous devons décider de la quantité de soins nécessaire, et de ce qui est juste pour le corps et l’esprit, puis aller de l’avant. Ne le faites pas pour en retirer un quelconque profit, ni un gain, ni un bénéfice, mais parce que c’est votre responsabilité. Donc, trouvez l’alimentation, l’exercice physique qui vous conviennent et abstenez-vous aussi de consommer trop d’alcool ou d’abîmer votre corps par un excès d’aliments qui lui sont nuisibles, mais prenez en soin au contraire. De même, nous ne devrions pas exposer notre esprit à toutes sortes de tentations, d’influences malsaines, ou nous négliger. Le concept traditionnel de l’altruisme préconise de ne pas prêter attention à soi, de ne pas prendre soin de soi, de ne se préoccuper que des autres, mais cela risque aussi de créer une division entre nous et les autres. Il est donc important, au cours de toutes nos relations, de nous comporter en ami et la meilleure définition de l’amitié que j’aie rencontrée se trouve dans le livre de Kahlil Gibran le Prophète. Voici ce qu’il dit : « Qu’il n’y ait d’autre but à l’amitié que l’approfondissement de l’esprit. Car l’amour qui recherche autre chose que la révélation de son propre mystère n’est pas l’amour mais un filet qu’on jette ; et seul est pris ce qui n’est pas profitable. » Je voudrais élargir cette conception de l’amitié en y incluant toutes les formes de relation, qu’elles soient tournées vers la nature, la société ou nous-même — n’avoir aucun motif, aucun but dans la relation, ne pas l’aborder comme un mendiant. Si nous y parvenons, alors nous nous donnons la possibilité de nous voir objectivement, sans tomber dans le contentement de soi ni dans l’accusation ou la condamnation, mais en observant seulement ce que nous sommes, en en devenant conscient sans le rejeter ni l’accepter.

Quand nous devenons conscient de toutes nos tendances, de nos habitudes et du fonctionnement de notre esprit cette lucidité, cette compréhension amènent en quelque sorte une certaine qualité de vertu. Il est possible en fait que la vertu ne puisse s’acquérir d’aucune autre manière.

Elle dérive de la connaissance de soi, qui n’est pas connaissance à propos de soi, mais une familiarité avec les manifestations du soi. Observer comment notre moi interfère et fonctionne, observer les motivations qui se glissent dans nos relations. La conscience permanente de tout ceci entraîne une certaine compréhension de nos relations ainsi que l’amour et la compassion qui sont le fondement même de la vertu. Par l’effort ou par la décision nous ne pouvons devenir humble. L’humilité ne survient que par la compréhension intérieure. Les plus grandes qualités, les plus grandes vertus, les choses les plus précieuses de la vie sont celles que nous ne pouvons pas rechercher directement. On peut courir après l’argent, le plaisir, les émotions fortes, mais on ne peut courir après l’amour, l’humilité ou le respect — on ne peut obtenir ces choses en essayant de les avoir. Elles sont de nature plus subtile, elles surviennent comme une conséquence indirecte de la connaissance de soi. On peut chercher le plaisir, mais pas le bonheur ; on peut chercher la paix de l’esprit, mais elle ne se produira pas ainsi. Elle arrivera s’il y a compréhension du processus de la pensée, de sorte que celle-ci fasse silence. Alors il y a la paix. La paix n’est pas une chose positive qui doive être créée. S’il n’y a pas d’agitation, s’il n’y a pas de réaction, il y a automatiquement la paix.

La société influence l’individu et l’individu, à son tour, crée la société, alors lequel va changer le premier ? Dirons-nous que la société doit changer pour que nous changions ou bien la société ne changera-t-elle que si nous, en tant qu’individu, changeons ? On ne peut nous persuader de devenir bon, la société ne peut créer la bonté chez l’individu en le conditionnant. Les religions ont tenté de le faire. On peut créer la conscience de quelque chose, mais c’est toujours un processus de conflit, la seule différence étant que le conflit, au lieu de se situer entre l’Etat et nous, devient un conflit entre nous et nous-même, entre ce que nous sommes et ce que notre conscience dit que nous devrions être — il n’y a pas de paix en cela. Il y a aussi le fait d’être violent envers nous-même, et cette violence envers nous-même est aussi de la cruauté, de l’agression. Quand nous nous maîtrisons, quand nous réprimons nos désirs, nos tendances, nous faisons preuve de violence envers nous-même. C’est pourquoi j’ai dit qu’il était nécessaire également d’être un ami pour soi-même et nous devons nous rendre clairement compte qu’aucun changement fondamental ne peut se produire dans la société si l’individu ne change pas.

Et l’individu, qui est vous et moi, ne changera pas par l’effet d’un effort, d’une décision. En vérité, cette illusion est responsable de beaucoup d’atermoiements. Elle est aussi responsable de la création de notre ego, parce qu’elle engendre le sentiment qu’il nous faudra du temps pour changer et que ce sera un processus graduel. Nous pensons pouvoir continuer à essayer et nous croyons que graduellement nous deviendrons vertueux, que si nous sommes coléreux, graduellement nous perdrons ce défaut ou que si nous sommes violent, nous acquerrons graduellement la qualité de non-violence. Ce sentiment naît en nous par extrapolation à partir de notre expérience quotidienne à l’école et au lycée parce que l’acquisition du savoir est un processus graduel — l’acquisition d’une technique, l’apprentissage d’une langue, par exemple, sont des processus graduels. Par la pratique, nous pouvons apprendre à conduire, à lire, à écrire, et ainsi notre expérience nous dit que nous pouvons prendre une décision, faire un effort et lentement, avec le temps, parvenir au but. Mais ce processus n’a aucune place dans le domaine psychique car la compréhension n’est pas un processus graduel. Ou bien nous voyons la vérité de quelque chose, ou bien nous ne la voyons pas. L’idée que nous ne sommes pas heureux maintenant et que lentement nous le deviendrons plus tard, que nous travaillerons pour trouver le bonheur, est fausse. C’est l’intervalle de temps qui nous joue un mauvais tour. L’homme d’affaires dit : « Je ne suis pas content de cette usine alors il faut que j’en construise une autre, et à ce moment-là je serai content ». L’homme qui s’efforce d’obtenir un diplôme à l’université dit lui aussi : « Je suis insatisfait, je ne suis pas heureux ; si j’obtiens ce doctorat je serai heureux ». Même le religieux peut dire également : « Je me livre à cette pratique, à cette méditation, je n’en suis pas content mais à la longue j’y réussirai et alors je serai content ». C’est toujours le même processus de désir, d’acquisition, qu’il s’agisse d’argent, de pensées nobles, de savoir ou de n’importe quoi, mais la compréhension n’est pas un processus d’acquisition.

Si, en tant que physicien, je devais expliquer la chose en termes scientifiques, je dirais : supposons que nous mettions l’espace sur l’axe x, le temps sur l’axe y et la sagesse ou la compréhension sur l’axe z, alors tous nos efforts ne nous feraient bouger que sur un plan horizontal. Nous nous déplacerions dans l’espace et dans le temps, mais nous ne progresserions pas en sagesse. L’effort ne nous fait pas progresser en sagesse. Mais lorsqu’il y a cessation d’effort et perception directe de la vérité, réalisation de la vérité, alors cette compréhension nous amène à un niveau plus élevé et nous nous déplaçons sur l’axe z. C’est ainsi que la chose se produit et ce saut ne ressemble pas à une ascension en spirale, il ressemble à un saut quantique. Nous considérons souvent qu’une illusion est supérieure à une autre parce que les conséquences extérieures, les conséquences sociales de telle illusion sont plus dévastatrices et plus visibles que celles de telle autre ; mais du point de vue de la réalité, toute illusion est illusion.

Cet éclair de vérité peut se produire à n’importe quel moment, mais il ne se produit pas grâce au temps. Krishnamurti a exprimé cela d’une manière plus radicale. Il a dit : « Le futur est maintenant ». Nous pensons que le futur est loin devant nous. En termes psychologiques le futur est maintenant. Cette assertion signifie pour moi que si nous sommes violent, agressif, jaloux aujourd’hui nous le serons toujours dans dix ans à moins que ne se produise une mutation dans notre psychisme, dont la compréhension dissoudra l’illusion. C’est identique à cette affirmation du Bouddha quand il dit que l’ignorance est la cause de la souffrance — pas l’ignorance qui disparaît avec le savoir, mais l’ignorance qui disparaît avec la sagesse. En sanskrit, il y a le mot prajña qui signifie discrimination, capacité de distinguer le vrai du faux. Cette capacité naît après beaucoup d’observation. Il nous faut être sans cesse attentivement vigilant et passivement conscient pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. Alors apparaît la compréhension de nous-même, alors un insight peut se produire dans notre conscience, une compréhension plus profonde de notre être. Alors la vertu arrive comme une conséquence indirecte en même temps que les sentiments d’amour, de compassion et d’affection — cette qualité religieuse d’énergie qui est sans motivation.

Beaucoup de gens diront : « Je ne sais pas ce que je ferais si je n’avais pas d’ambition, si je n’étais pas mû par le désir. » Parce que la seule énergie qu’ils connaissent est celle de l’ambition. Nous lui donnons de la valeur parce qu’il y a une récompense au bout, elle nous stimule et nous nous y donnons avec passion. Nous faisons preuve d’une énergie formidable pour nous accomplir et nous disons : « Je croupirais si je n’avais pas d’ambition. Je n’aurais même pas de raison de faire une promenade. Pourquoi devrais-je faire une promenade ? Quel profit en retirerais-je ? ». Voilà l’état psychologique où nous conduit l’ego : s’il n’y a pas de profit, s’il n’y a pas de gain psychologique, matériel ou émotionnel, s’il n’y a pas quelque plaisir à la clé, on ne voit aucun intérêt à faire un effort quelconque dans n’importe quel domaine et en conséquence, toute motivation émane du moi. Si c’est le seul type d’énergie que nous connaissions, alors nous n’avons ni amour ni compassion. Parce que si nous courons par ambition après une chose si honorable qu’elle soit, si bénéfique qu’elle puisse apparaître dans ses effets extérieurs, si nous y travaillons avec fièvre, en concentrant toutes nos énergies dans cette direction, nous aurons tendance à repousser tout ce qui se met en travers de notre chemin sans discrimination. Nous n’aurons ni le temps, ni la patience, ni la tolérance nécessaires pour prendre en considération quelqu’un ou quelque chose qui semble contrarier nos plans.

Donc ce n’est pas le type d’activité qui détermine si ce que nous faisons est bien ou mal, mais notre attitude. Si nous pratiquons une activité de manière égoïste elle renfermera un germe de destruction même si nous faisons un travail social. Une action juste dépend de la qualité de notre motivation, et nul ne connaît celle-ci excepté nous-même. Lorsque nous voyons que cette motivation est égocentrique, si le fonctionnement du soi nous est familier nous pourrons l’éliminer au moment où elle apparaît. Mais quand nous n’en sommes pas conscient, nous nous laissons emporter : nous croyons être très vertueux, nous croyons agir très noblement alors qu’en fait notre motivation est égoïste. Notre ego se renforce, et nous découvrons la chose plus tard, quand survient une grosse crise ou un désastre, quand notre femme nous quitte, etc. Alors la crise est là, tout à coup, et nous nous éveillons en demandant : « Pourquoi est-ce arrivé ? je croyais être un type tellement noble, qui agissait tellement bien… ». La souffrance survient pour nous avertir que nous vivons dans notre monde illusoire sans aucune conscience de la réalité de ce qui est.

Alors pouvons-nous observer ce qui est, être conscient de chaque chose telle qu’elle est de manière factuelle mais ne pas y accrocher notre bonheur, ne pas en être mécontent et cependant agir et faire ce qu’il est juste de faire dans la situation donnée ? C’est là une manière totalement différente d’établir un rapport à notre travail et à notre situation. Dès lors, nous ne nous servons plus de notre bureau et de notre travail pour nous soutenir, pour nous réaliser psychologiquement, nous ne nous servons plus de notre femme pour notre contentement, nous la traitons comme une amie. Cela veut dire être heureux et agir à partir de ce bonheur car la douleur, le malheur et l’insatisfaction qui naissent de l’ego épuisent notre énergie et c’est une forme de violence qui s’exerce en nous-même. Elle nous rend amer. Si l’on n’est pas heureux, on ne peut être bon, on ne peut être généreux. J’irais même jusqu’à dire qu’il est du devoir de chacun d’entre nous d’être heureux parce qu’il y a assez de malheur dans le monde et qu’il n’est pas juste de notre part d’en ajouter. Nous devons vivre en souriant d’un vrai sourire, pas d’un sourire fabriqué par l’effort. Eveillez-vous chaque jour avec un sourire. Peu importent les circonstances. Pouvons-nous faire que notre sourire soit indépendant de toutes les circonstances, puis nous occuper de ces circonstances ? Ou bien les circonstances nous rendront-elles malheureux, et à cause de cela nous nous en occuperons ? Dans ce cas nous ne nous en occuperons que lorsque nous nous sentirons malheureux. Donc la motivation sera très différente. C’est pourquoi il est dit dans la Bhagavad Gita qu’un homme éclairé peut paraître faire tout ce que fait un homme ordinaire mais que ce n’est pas pareil. C’est totalement différent car il ne le fait pas pour la même raison et son attitude n’est pas la même.

Donc, que nous travaillions dans une banque, ou dans un jardin, ou que nous soyons enseignant n’a aucune importance. Tant que nous pouvons nous nettoyer intérieurement, que nos motivations sont justes et que nous faisons notre travail avec joie, c’est bien. La question n’est pas de savoir si telle occupation est supérieure et telle autre inférieure. Travailler la terre et faire du jardinage n’est pas plus méprisable que de lire Shakespeare et de donner des conférences littéraires. Ce n’est pas supérieur non plus, c’est simplement différent. Cette notion de supériorité et d’infériorité est encore un jugement de valeur introduit par notre esprit et si nous l’examinons, nous verrons que nous l’avons reçue de la société. Elle est souvent liée au montant du salaire ou au statut décerné par cette société. Nous mesurons en termes de bénéfices, en termes matérialistes. L’autre processus est ardu et l’homme ne l’a pas appris, ce qui est une grande tragédie parce qu’il n’y a qu’une seule façon de vivre de manière créative — c’est d’accomplir quelque chose pour l’amour de cette chose. Et ceci a encore une autre conséquence : il arrive souvent qu’une personne soit très efficace et travaille très dur dans un domaine particulier, mais néglige totalement d’autres domaines. Voilà une autre forme de rétrécissement qui survient quand l’énergie est dirigée, quand l’activité est d’ordre ambitieux ou égoïste. Parce que quand nous faisons une chose avec joie, quand nous vivons de manière créative, alors nous avons compris l’art de vivre, alors rien n’est supérieur ou inférieur ; quoi que nous fassions, nous y apportons le maximum de conscience, le maximum d’attention et nous le faisons bien, non pour avoir une récompense mais pour l’amour de la chose ; et cela veut dire que dans la vie quotidienne, que nous prenions un bain, que nous parlions à notre voisin, que nous nettoyions notre chien, peu importe, nous le faisons en donnant toute notre attention, en donnant tout notre cœur. Voilà la manière juste de vivre.